RAPHAËL-BACHIR OSMAN

Né en 1992, vit et travaille à Mulhouse et Berlin. Diplômé de la Haute École des Arts du Rhin avec les félicitations du jury, Raphaël-Bachir Osman a également étudié en 2016 à la Kunsthochschule Weissenssee Berlin. Il est depuis 2017 co-directeur de Erratum Galerie, un artist-run-space situé à Berlin, Kreuzberg.

Il a participé à de nombreuses expositions collectives à Berlin et plus récemment, en 2019, son travail a été montré au Kunstraum Riehen à Bâle, à la Biennale Jeune Création Mulhouse 019 et pour le prix de Novembre à Vitry. En 2020, il a été nominé pour le prix de la bourse Révélations Emerige, et a obtenu la bourse de recherche et de création du programme Création en Cours des Ateliers Médicis.

Il développe un travail plurimédia qui interroge avec dérision la notion d’originalité, le processus de création, d’exposition et de montage d’une oeuvre. ll joue avec les matériaux et les codes de présentation en associant des éléments autobiographiques et une certaine magie de l’ordinaire. Sa pratique s’étend de la peinture à l’installation.

« Très vite, il m’a paru qu’ici il était question de plaisir et de camaraderie. Car Raphaël-Bachir Osman parle de peinture comme on s’émeut d’une amitié naissante et explore l’huile comme on tenterait d’en apprendre davantage sur un être bien aimé. (…) L’artiste glane ça et là les bavardages du monde : ici, une gourmandise d’apéritif, plus loin un détail remarqué dans une peinture flamande ou encore des souvenirs de dimanches après-midi. (…) La peinture est pour lui une échappée, un support des possibles, un terrain de jeu infini. »

Camille Bardin — Octobre 2021

Raphaël-Bachir Osman caresse la toile comme s’il caressait un corps. Sa touche est généreuse, sensuelle, car la peinture s’applique avec lui comme du beurre ou de l’huile de massage. Raphaël-Bachir Osman adore ce qui est charnu; il «aime la chair». Cette chair, texture de la peinture, est aussi le sujet primordial qui sous-tend les tableaux de l’artiste: un torse masculin épilé (Torso), un téton qui pointe sous un T-shirt blanc (Untitled), une glace bien crémeuse (Pardonne-moi) et bien sûr, ces fameuses saucisses (alias knackis) que l’artiste ne cesse de peindre, encore et encore, par exemple en bouquet, sur le nez d’un chien amateur ou encore simplement piqués sur une brochette. Raphaël-Bachir Osman la trouve si belle, si lisse, cette membrane de boyaux qui contient la viande comme un écran ou une peinture contient un sujet ! Il y a sans doute dans ce parallèle une clé pour saisir le travail de l’artiste —et un peu de fétichisme dans cette histoire de saucisse— mais le tout relève avant tout d’un humour très personnel. Un humour papillonnant qui se délecte dans l’absurdité des objets qui peuplent le monde. 

Pour Raphaël-Bachir Osman, la peinture est avant tout une affaire de plaisir. Il dit que «c’est une récréation». Et le sujet, en soi, pris individuellement, importe finalement assez peu. Qu’est-ce qui fait sujet en peinture? La question traverse ce travail malicieux où se télescopent références quotidiennes et clins d’oeil à l’histoire de l’art. Le torchon de cuisine (Studio Torchon) fait référence aux drapés grâce auxquels les peintres exercent leur talent. Le cornichon (Studio WeinachtGurke (Cornichon de Noël)) a été prélevé «dans les décors de peintures vues dans des musées allemands». Oui, ce qui compte, c’est la peinture elle-même, le geste, et non ces images génériques, irréelles et le «mauvais goût » auxquels Raphaël-Bachir Osman donne une texture bien tangible. 

Raphaël-Bachir Osman place ses sujets sur la toile et les représente comme il pourrait extraire un objet, pas particulièrement significatif ni original, du quotidien et le poser dans un white cube. Il nous dit de regarder, tout simplement ; peut-être pour révéler l’incongruité de la chose, du geste artistique et de ses modes de monstration. Il nous parachute surtout aux frontières de la stupidité et, dans cet empire, le recours à la logique et au raisonnement est impossible; seul l’appel à l’instinctif est de mise. On rit souvent pour discréditer ce qu’on ne comprend pas: ici, il s’agit de l’encourager. Les toiles de Raphaël-Bachir sont un rébus qui s’allonge sur le mur, une blague qui gagne en complexité au fil du temps. Son contenu demeure une énigme. Sa forme chante la volatilité des images et des signes. Tout cela est absolument absurde.

Texte de Julie Ackermann

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